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Mongo Beti, Le Proscrit Admirable

Oscar Pfouma
Édition : Menaibuc
ISBN :
Format du livre : 15 cm*21 cm
Poid : 150g
EAN : 9782911372018
Disponible
20,29€  

Quantité


Sommaire
« La vie et l’œuvre de Mongo Beti », Odile Tobner 
« La vocation religieuse du RPS dans Le pauvre Christ de Bomba de Mongo Beti », Michel Naumann
« Prolégomènes à l’analyse pragmatique du diptyque Trop de soleil tue l’amour / Branle-bas en noir et blanc- La thématique de l’œuvre romanesque de Mongo Beti », Marie-Rose Abomo-Maurin
« Lettre à Alexandre Mongo Beti », Andrée Appercelle
« Le traumatisme de la maternité ou la métaphore de la servitude dans Perpétue et l’habitude du malheur », Cécile Dolisane-Ebosse
« Pour une re-lecture de l’assassinat de Martin dans Perpétue de Mongo Beti », Auguste Owono-Kouma
« Trop de soleil tue l’amour et En attendant le vote des bêtes sauvages: Deux extrêmes, un bilan des transitions démocratiques en Afrique », Pierre Fando
« L’exil perpétuel d’un fils de la forêt Mongo Beti », Cécile Dolisane-Ebosse


Aujourd'hui, je vous propose ce topic, pour aller a la rencontre de celui qu'Oscar Pfouma a dedie ce livre: 
"Mongo Beti" et qu'il a qualifie de "Proscrit Admirable" 



Pour avoir mis son talent immense au service de la cause africaine et des masses noires déshéritées. 
Mongo Beti restera. 
Pour avoir, sans rémission, sacrifie sa vie a exorciser l’anatheme intolerable et la haine morbide des notables repus de la ville cruelle
Mongo Beti restera. 
Pour avoir invente le gout de la liberté chez le Negre devenu amnesique a force d’avoir marine dans le larbinisme et la culture missionnaire  pauvre Christ de Bomba! 
Mongo Beti restera. 

Et rien ne sera plus comme avant. 
Aboli, le Nègre servile, qui a mis pavillon bas et renie sa race, adepte de «l’émotion nègre», «jouet sombre au Carnaval de l’Autre»! (A. Cesaire) 
Trop de soleil tue l’amour… Qu’il crève comme larve sous ses rayons brûlants dans l’anonymat éternel! 
Et que rien ne soit plus comme avant! 

Les contributeurs de cet Hommage ont eu l’intuition géniale d’une voie tracée, ou se fondent au fil de l’œuvre, les prémisses de cet ébranlement absolu, les premiers chants de l’epopee, turbulente, grandiose et humble a la fois, de l’homme en quête de liberté. 

Mongo Beti restera. 
Branle-bas en noir et blanc! 
Et décidément, que rien ne soit plus comme avant! 

Oscar Pfouma.

Projecteurs sur le Proscrit admirable 

Ce sera a la posterite, si tant est que cette notion peut subsister, de mesurer l’importance de cette oeuvre. Mais deja on peut constater son importance en volume. Et ce n’est pas rien quand on connaît l’astreinte que suppose l’ecriture. Mongo Beti, de 1954 a 2000 a publie seize ouvrages: douze romans, trois essais, un dictionnaire. La precocite et la duree de sa vocation sont la marque de l’ecrivain-ne. 

Il montre une fecondite precoce puisque de 1954 a 1958 il publie quatre romans. Ne en 1932 il a donc 22 ans quand il publie son premier roman. Il etait arrive en France, venant du Cameroun, en 1951 pour faire ses etudes superieures. Ces quatre premiers romans ont pour cadre l’Afrique coloniale. Je l’ai entendu mille fois raconter pourquoi, apres sa premiere œuvre ville cruelle, publiee sous le pseudonyme d’Eza Boto, il avait continue sa carriere sous le nom de Mongo Beti. Il trouvait que la publication de ville cruelle avait ete baclee par l’editeur, qui ne lui avait pas donne les epreuves a corriger deux fois au moins, comme le veut un travail bien fait, et qu’il subsistait trop de defauts dans l’œuvre publiee. Cet attachement a la forme, cette exigence de la langue, sont aussi la signature de l’ecrivain, surtout chez un debutant aussi jeune. 

Cette maitrise des moyens est au service de la force avec laquelle il saisit la realite de l’Afrique coloniale dans ce qu’elle a d’essentiel, de vital, et non dans une vision superficielle et folklorique, comme celle d’un Kourouma, ce qui pourtant aurait ete pour lui le plus sur chemin vers le succes en France. Ville cruelle raconte les mesaventures d’un jeune paysan venu vendre en ville le cacao qu’il a recolte, et qui se fait rouler par les acheteurs, maîtres tout puissants. 
D’emblée Mongo Beti va droit au cœur de la réalité coloniale. Le cacao est une plante dont la culture a été introduite en Afrique par les colons europeens, pour leur approvisionnement. C’est ce qu’on appelle une culture de rente. Les paysans africains ne consomment pas le fruit du cacaoyer, qui doit subir une transformation industrielle pour devenir comestible. Le cacao ne sert a rien qu’a être vendu, c’est donc l’introduction de la monnaie mais du même coup de la spoliation du travail des paysans, qui sont parfaitement incapables de maîtriser le circuit spéculatif du commerce du cacao. Cet enjeu le jeune romancier ne l’analyse pas en économiste mais il a une intuition remarquable, a partir de son vécu, de la violence faite a la population sans défense. 
Céline, dans voyage au bout de la nuit, Gide dans voyage au Congo ont décrit, chacun a leur manière, cette scène de spoliation dans l’achat du cacao ou du caoutchouc, preuve de l’importance de cette réalité. Le jeune Mongo Beti ne les a pas lus mais, comme eux, il saisit le scandale. Il y ajoute l’epaisseur du vecu dans la sensibilite de la victime, alors que pour Celine et Gide les Africains sont pitoyables certes mais sont aussi des objets auxquels on ne s’identifie pas. 

Apres ce coup d’essai, le coup de maitre c’est le pauvre Christ de Bomba. La cible en est l’entreprise d’evangelisation de l’Afrique par les missionnaires europeens. La structure est celle de la tournee d’inspection qu’entreprend le Reverend Pere Superieur dans le pays des Talla, racontee par le jeune Denis, qui s’attriste des deconvenues du Pere. La signification est donc a dechiffrer par antiphrase, par le detour d’une ironie qui habite non les propos des personnages mais la structure meme du roman. La satire est tres fine et subtile, n’escamotant pas les merites reels du Reverend Pere Superieur, soulignant les defauts des paysans Africains. L’echec du missionnaire n’en est que plus cuisant. Avec ce roman, publie en 1956, le jeune auteur de vingt-quatre ans va etre stigmatise en France par les puissants milieux missionnaires. Sur place, au Cameroun, le roman sera en fait purement et simplement interdit de circulation. 

Coup sur coup paraissent Mission terminee en 1957 et Le Roi miracule en 1958. 
Mission terminee, comme les deux premiers romans, se presente comme un roman d’apprentissage. Apres le jeune paysan, Banda, puis le jeune enfant de chœur Denis, on voit un jeune eleve bachelier Jean-Marie Medza, charge, en raison du prestige que ses etudes lui conferent aupres des villageois, d’une mission qui releve de la tradition, ramener au bercail une femme fugitive. 
Dans Le Roi miracule la satire, avec le sens de la derision qui etait le sien, porte aussi bien sur le missionnaire que sur le chef du village. Celui-ci, malade, est amene a repudier ses femmes surnumeraires pour pouvoir pretendre aux rites supposes guerisseurs du pretre. L’ensemble des quatre premiers romans montre la societe africaine traditionnelle aux prises avec l’irruption conquerante du pouvoir colonial politique et religieux, en l’occurrence francais. La profondeur et la force de la vision viennent d’une absence totale de caricature pseudo-militante, prises avec les mechants europeens. Bien au contraire. Le missionnaire, l’administrateur sont montres comme des gens pleins de bonnes intentions et on voit parfaitement les faiblesses de la societe villageoise. Mais le tableau n’en est pas moins une condamnation sans equivoque et d’autant plus radicale de l’ordre colonial. C’est une question de «situation» comme aurait dit Sartre. 

Tous les commentateurs ont souligne la rupture qui suit ces annees tres fecondes. En effet il faut attendre 1972 pour voir a nouveau le nom de Mongo Beti sur une parution. Cette crise dans la creation litteraire correspond a ce qu’on appelle, probablement par euphemisme, les independances. On ne saurait en quelques mots raconter ce qui se passe au Cameroun. Il s’agit cependant d’une periode particulierement tragique. Comme en Indochine, comme en Algerie, une guerre affreuse ensanglante alors le Cameroun, guerre ignoree et oubliee, alors que le conflit algerien occupe tout le devant de la scene. 
A la difference de l’Indochine et de l’Algerie, le parti nationaliste camerounais, l’UPC, est vaincu, son leader, Ruben Um Nyobe est tue dans le maquis. Or Mongo Beti est un sympathisant de l’UPC, un fervent disciple de Ruben Um Nyobe, qu’il est alle ecouter, lorsqu’il etait lyceen a Yaounde, dans des reunions politiques clandestines. Ses etudes terminees, il ne rentre donc pas au Cameroun, ou les sympathisants upecistes sont pourchasses. Il devient professeur en France, passe l’Agregation de Lettres et commence un long exil. La plupart de ses amis et condisciples, parfois ceux qui en France, pendant leurs etudes, professaient les idees les plus progressistes, rallient le pouvoir au Cameroun et constituent la classe priviligiee mais sans ame qui a prospere depuis le terreau du desastre social. Quelques-uns continuent en France le combat politique. Ils vivent dans un climat de persecution. 

Mongo Beti rompt le silence avec eclat en 1972 avec la parution de Main basse sur le Cameroun. Le point de depart en est le proces fait a Yaounde en 1971 a Ernest Ouandie, dernier chef de l’UPC, capture dans la clandestinite, et a l’eveque Albert Ndongmo, accuse d’etre son complice. Le proces, ou les regles elementaires du droit sont bafouees se terminera par la condamnation a mort des accuses. Le resistant Ernest Ouandie sera execute, la peine de l’eveque, sur intervention du Vatican, sera commuee en emprisonnement. Main Basse est un expose de ces evenements sur fond de l’histoire du Cameroun des annees de braise 50/70. Mongo Beti y montre d’eminentes qualites d’historien. L’histoire etait une de ses passion. Lorsqu’il etait eleve de ce qui n’etait pas encore un lycee, le college Leclerc a Yaounde il avait obtenu en 1951 un accessit d’histoire au celebre concours general des lycees. 
Aujourd’hui Main Basse n’a pas pris une ride, il est devenu une reference. Des Camerounais m’ont dit qu’ils ont appris l’histoire de leur pays dans ce livre. 

Mais en 1972 le livre apparaît au gouvernement francais de l’epoque comme un pave dans la mare sombre de silence qui enveloppe ce qui se passe dans l’Afrique sous influence francaise. Un decret du ministre de l’interieur Raymond Marcellin interdit Main Basse. Le livre est saisi chez l’editeur Francois Maspero. Jacques Foccart, sans ses memoires, raconte comment c’est lui qui a exige de Marcellin que Mongo Beti, cet emmerdeur dit-il, soit reduit au silence. 
En tout cas Maspero et Mongo Beti contestent la legalite, effectivement tres douteuse, de cette interdiction. Il s’ensuivra une longue bataille juridique qui se terminera par l’annulation du decret de saisie en 1976. On peut dire deux mots de cette lutte parce qu’elle est exemplaire et instructive a plus d’un titre. Le decret d’interdiction du livre s’appuie sur un decret du gouvernement francais de 1939, permettant de saisir tout ecrit de provenance etrangere. Ce decret visait en 1939 la propagande de l’Allemagne nazie en France. Comme ce decret portait sur une liberte fondamentale, il devait etre ratifie par la chambre legislative. Il ne put jamais l’etre du fait de la disparition du regime dans la debacle de l’invasion allemande. Le regime gaulliste s’abrita pourtant derriere ce decret, dans les annees 70, pour interdire les ecrits anticolonialistes publies par Francois Maspero. Citons le livre de l’avocat belge Jules Chome sur Mobutu, des numeros de la revue «tricontinentale» qui rendait compte du grand effort des peuples ex-colonises pour echapper a l’etreinte des puissances capitalistes dans le mouvement dit des «non alignes», avec Nehru, Soekarno, Nasser, Nkrumah, Fidel Castro. 

Deja contestable en general l’application de ce decret au livre de Mongo Beti constituait un abus encore plus scandaleux. En effet la colonisation du Cameroun par la France avait fait qu’il n’avait jamais eu que des papiers francais. Venu en France en 1951 avec un passeport francais, il avait ete normalement recrute comme fonctionnaire francais par l’Education nationale, de plus il n’avait pas regagne le Cameroun independant. Pretendant qu’il etait etranger, le ministre de l’interieur voulait lui retirer ses papiers francais. Ce coup de force ne reussit pas. On engagea en effet un proces devant le tribunal de Grande Instance de Rouen, au terme duquel la deconfiture de l’arbritraire administratif fut complete et Mongo Beti fut confirme dans ses droits. A la suite de quoi Maspero demanda et obtint l’annulation du decret d’interdiction du livre, mais il n’obtint aucune compensation du dommage qu’il avait subi. 

Puisqu’on ne peut ecrire l’histoire, Mongo Beti renoue avec le roman. Les trois livres suivants Perpetue et l’habitude du malheurRemember Ruben, tous les deux publies en 1974, et La Ruine presque cocasse d’un polichinelle en 1979, temoignent des nouveaux malheurs de l’Afrique soumise a des dictateurs imposes et du calvaire que vivent les heros rebelles, dont la figure a remplace celle des adolescents des premiers romans. Parallelement, de 1978 a 1991, Mongo Beti fait paraître, une revue bimestrielle Peuples Noirs Peuples Africains, ou de jeunes intellectuels africains, professeurs, ecrivains peuvent s’exprimer librement. Toute cette activite creatrice et militante est menee de front avec le metier exigeant de professeur au prix d’une vie qui ne connaît que le travail, acharne, auquel il consacre une partie de ses nuits et tous ses loisirs. En 1983 et 1984 il publie un roman en deux parties: Les deux meres de Guillaume Ismael Dzewatamaet La revanche de Guillaume Ismael Dzewatama
C’est l’histoire d’un enfant africain, eleve par la femme europeenne que son pere a epousee. Comme le disait Andre Breton, souvent l’intuition poetique decouvre une realite non encore percue. Mongo Beti m’ a dit que, de retour au Cameroun apres 1990, il avait rencontre une famille dont l’histoire etait exactement celle qu’il avait inventee. 

Les annees quatre-vingt, annees d’intense activite sont encore marquees par la parution d’un essai Lettre ouverte aux Camerounais ou la deuxieme mort de Ruben Um Nyobe en 1986. Mongo Beti y decrit les manœuvres et les coups tordus que le nouveau dictateur au pouvoir a Yaounde ourdit contre les irreductibles opposants comme lui. Enfin nous elaborons ensembles un travail qui lui tenait a cœur un dictionnaire de la negritude, qui fait le point sur l’histoire des Peuples Noirs, ceux issus de l’esclavage dans les Ameriques, qui sont les createurs de donnees essentielles de la culture moderne, comme le jazz, qui etait pour lui une passion qui l’a accompagne toute sa vie, ceux d’Afrique, dont le malheur historique l’etreignait. 

Il n’est jamais rentre au Cameroun du temps du premier dictateur Ahidjo, parce que, fiche comme sympathisant de l’UPC, puis comme auteur de Main Basse, il y courait des risques certains. Sollicite de rentrer apres la prise de pouvoir par Biya, collaborateur direct d’Ahidjo, qui s’etait installe a sa place a la faveur d’une intrigue de palais, dans des conditions qui n’avaient rien de democratique, il refusa. Il ne fallut pas longtemps en effet pour que le nouveau dictateur montre l’etendue de sa rapacite. Mais l’effrondrement de l’URSS eut des retombees jusqu’en Afrique. Les dictateurs se virent contraints de tolerer quelques journaux, ce qu’on appelle au Cameroun, la presse privee. Au Cameroun un pionnier Pius Njawe avait fonde Le Messager, qui tentait de tenir tete au pouvoir. Des amis le persuaderent donc de venir pour un bref sejour en fevrier 1991. 
Il revit sa mere apres 32 annees d’absence. Il recut un acceuil enthousiaste de la population. La conference qu’il devait a Yaounde fut interdite par les autorites. Il retourna encore pendant l’ete 91, sa mere mourut en janvier 1992. Il ne put se rendre au Cameroun parce que c’etait pendant une periode scolaire. Il prit sa retraite au debut de 1993 et put alors passer la plupart de son temps au Cameroun, ou il fonda une librairie et organisa des activites agricoles dans son village. Il decrit le Cameroun qu’il retrouva dans les annees 90, plus desherite encore que celui qu’il quitta dans les annees 60, dans le livre La France contre l’Afrique, retour au Cameroun, publie en 1993. 

Mais c’est le roman qui lui permettra de peindre encore une fois le tableau apocalyptique de la realite camerounaise. C’est d’abord L’histoire du fou en 1994, qui se deroule sur fond de troubles politiques, dans la fermentation des annees 90, quand les peuples africains manifestent leur desir d’une reelle emancipation. Le personnage-clef n’est plus un adolescent comme dans les romans des annees 50, ou un maquisard, comme dans ceux des annees 70. Ceux des annees 90 sont un avocat feru de citations latines dans l’Histoire du fou et enfin un journaliste dans les deux derniers romans Trop de soleil tue l’amour et Branle-bas en Noir et Blanc. Ils representent tout l’espoir qu’on peut mettre dans le Droit et dans l’information pour faire avancer la cause de la justice. Les deux derniers romans sont deux episodes d’une meme histoire, l’histoire de Zam, journaliste. Un troisieme tome devait les suivre. La quete de Zam demeurera a jamais inachevee. 

Le Cameroun qu’il a retrouve dans les dix dernieres annees de sa vie n’a pas ete tendre pour lui et a fini par lui couter la vie. Il aurait pu y sejourner tranquillement et assez confortablement, jouissant de sa notoriete. Cela ne lui ressemblait pas. Au lieu de cela il s’est lance dans un combat pour le livre au Cameroun. Sans moyen, en s’endettant, il a ouvert une librairie, la librairie des Peuples Noirs, a Yaounde. Avant cela certains livres, dont les siens, n’etaient pas vendus au Cameroun, par crainte de deplaire au pouvoir et de subir des tracasseries. Il a subi ces tracasseries, a vecu la vie des Camerounais, non les plus pauvres, mais les gens modestes avec les difficultes quotidiennes que cela suppose. Il ne demandait qu’a œuvrer pour les livres, les ecrire, les apporter aux Camerounais. Il a du affronter plusieurs fois la brutalite du pouvoir, qui ne tolerait pas sa liberte d’expression. Un jour de janvier 1995, alors qu’il protestait dans la rue, apres avoir ete retenu des heures au retour du village en arrivant a Yaounde, en attendant le cortege presidentiel, il fut violemment frappe par derriere par un homme de main du pouvoir en civil, puis, inanime, frappe au sol. Les gens durent s’interposer. Cette agression fut connue. Biya alors n’envoya aucune excuse a l’ecrivain humilie et ne sanctionna pas la brute. Quand l’ex-ami de Biya, devenu son rival, Titus Edzoa fut arrete et traduit en justice dans des conditions arbitraires, Mongo Beti protesta par principe. A plusieurs reprises il ne put se rendre dans son village, et fut retenu a la gendarmerie lors d’une distribution de tracts. Enfin lors du sommet France-Afrique a Yaounde en janvier 2001, des militaires vinrent a deux reprises arracher la banderole qu’il avait apposee sur sa librairie, stigmatisant la protection accordee pr Chirac a la corruption des affairistes en Afrique. 

Je n’ai guere le courage de revenir sur tout ce qui peut nous desesperer dans les circonstances de sa fin: le peu de souci qu’il avait de lui, remettant toujours a plus tard de s’arreter pour s’occuper de symptomes qu’il n’ecoutait pas, parce qu’il fallait accepter les conferences en Afrique du Sud, aux Etats Unis pour gagner de l’argent pour faire vivre ses entreprises sur le terrain, l’obstination avec laquelle jusqu’au bout il a continue a faire tout ce qu’il s’obligeait a faire. Lorsque son etat a empire, que s’est revelee la grave insuffisance hepatique et renale dont il souffrait, il s’est trouve qu’aucun hopital a Yaounde ne pouvait effectuer de dialyse, faute d’equipement. Il est donc mort faute de soins, comme le plus pauvre des Camerounais 

Odile Tobner