Vous êtes ici : Accueil » Ouvrages

Consultez la liste de vos achats

NAISSANCE D’UNE BANQUE DE LA ZONE FRANC : 1848 - 1901 Priorité aux propriétaires d’esclaves

Un livre de Yves Ekoué AMAïZO

18.30 €

Yves Ekoué AMAïZO, né à Lomé (Togo) en 1960, est économiste. Titulaire d’un Doctorat en Droit, Economie et Gestion de l’Informatique des Organisations, d’un Diplôme d’Etudes Approfondies en Monnaie. Finance et Banque et d’une Maîtrise en Administration Economique et Sociale des Universités de Lyon en France, il travaille actuellement pour une Organisation des Nations Unies avant son siège à Vienne (Autriche).

(JPEG)

La dévaluation de janvier 1994 de 50 % de la valeur du Franc de la communauté financière africaine (FCFA) par rapport au franc français a été considérée comme un succès par le Ministre de Coopération française de l’époque. Avec le temps, à l’affirmation s’est jointe l’interrogation, le doute et finalement un constat amer. Les résultats ne correspondent pas aux espérances des populations africaines. L’essentiel des conséquences de cette dévaluation se résume par le constat d’un déficit budgétaire accru des Etats de la Zone franc. Ce déficit est couvert selon les compromis politiques et allégeances diverses par des dons et crédits de pays donateurs conduisant à la montée d’une forme nouvelle de dé-légitimation des responsables de la politique de la monnaie en zone franc. Créée en 1939, la zone franc n’est elle-même que la résultante de pratiques monétaires héritées de la colonisation. Aujourd’hui, certains s’interrogent sur l’opportunité d’opter pour une monnaie unique sous-régionale et à terme continentale, d’autres sur l’urgence de sortir du piège que constitue la zone franc pour l’intégration économique des pays africains. Deux stratégies s’affrontent : les uns estiment qu’il faut s’organiser pour une intégration à la France ou à l’Europe ; les autres souhaitent fonder les bases d’une véritable intégration économique africaine sous-régionale, voire continentale en dépassant les pratiques monétaires et réflexes néo-coloniaux. Le choix de conserver le FCFA et, éventuellement, d’élargir sa portée à plusieurs pays non francophones ainsi que toute la problématique de la souveraineté monétaire des banques centrales africaines ne peuvent s’expliquer sans une relecture des conditions qui ont conduit à la naissance d’une banque de la zone franc. Elle fut créée à partir de la vente d’esclaves sans que pour autant les esclaves aient été admis au capital. Le calcul fort subtil pour déterminer le prix économique de l’esclave noir, mulâtre et métis est édifiant quant à la volonté réelle d’affranchissement de l’esclave. S’agit-il d’un argument supplémentaire pour justifier des compensations et demander des réparations pour l’exploitation et la traite des noirs ? Peut-être ! Ce qu’il y a de sûr, cinq ans après l’abolition de l’esclavage en 1848, les propriétaires d’esclaves furent farouchement opposés à la création de cette banque. Créée en 1853, la Banque du Sénégal était une banque à tout faire et cumulait, en colonie, les prérogatives d’une banque centrale, d’une banque d’affaires, d’une banque commerciale, etc.. Les orientations du conseil d’administration de la Banque ne semblent pas avoir privilégié les esclaves, ni les descendants des esclaves. La priorité donnée aux anciens propriétaires d’esclaves, la gestion qu’ils et elles ont faite de la Banque, les interférences directes et les non-ingérences subtiles de la métropole dans le processus de disparition de la pratique monétaire autochtone doivent faire l’objet d’un devoir de mémoire. Les similitudes dans les pratiques institutionnelles de l’époque (1853 - 1901) ont forcé l’évolution vers un renforcement du contrôle des opérations de la Banque depuis Paris et ont conduit au changement de nom : la Banque de l’Afrique Occidentale (B.A.O.). L’intégration régionale fut donc aussi une priorité pour les colonisateurs dans les pratiques bancaires. Ces pratiques coïncident avec le début de la fin de la zone FCFA inauguré en 1994 par la remise en cause, entre autres, de la parité fixe, du libre transfert des capitaux entre les zones Franc, et du constat d’une gestion très bureaucratique et conservatrice des banques centrales dans la zone franc. Elles sont de nature à confirmer le passage d’une forme de dépendance monétaire à une interdépendance monétaire en Afrique.

Dans la même rubrique
Pour commander cet article


Paiement sécurisé
Administration - Site sous SPIP, réalisé par AfriKDesign