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Le 10 septembre 2005
L’Opposition togolaise, c’est quoi au juste ?
*1- Pourquoi cette question ?*
Poser cette question n’est pas faire de la provocation. Et elle n’a rien
de méprisant. Dans notre lutte pour la démocratie au Togo, nous sommes
parvenus à une croisée des chemins où il est devenu impératif de
clarifier, de refuser de continuer de naviguer dans la confusion. Nous
avons fait trop de ratages et sacrifié trop de vies humaines en refusant
de voir les choses en face, et en mettant trop facilement tout dans le
même sac. En politique comme ailleurs, penser naturel n’est pas toujours
penser juste. Les apparences souvent peuvent être trompeuses.
Pourquoi serait-il offensant de dire que l’on court le grand risque de
ne pas toujours comprendre une situation que l’on voit de loin, et sur
laquelle on ne dispose donc souvent que des informations fragmentaires
et souvent trop générales ? Et pourtant, c’est bien le cas de l’immense
majorité des Togolais par rapport à ce que nous appelons si couramment
l’Opposition togolaise sans nous poser de questions, et par rapport à
ceux qui parlent et qui font en son nom. Et cette immense majorité,
c’est aussi bien la quasi-totalité des Togolais de la diaspora que la
ceux de l’intérieur.
Les conditions de la lutte sont telles depuis 1990 qu’on ne peut
vraiment pas comprendre l’Opposition togolaise et savoir qui est qui
parmi ses leaders, si l’on n’a pas participé activement à l’évolution de
la situation, si l’on n’a pas, par exemple, assisté aux réunions (pas
aux meetings) du COD I et du COD II ; si l’on a pas vu les chefs de
parti réagir au moment de la grève générale, des accords paritaires, des
accords de Colmar, des accords de Ouagadougou ; si l’on n’a pas
participé aux diverses réunions des leaders de l’opposition, au moins
aux réunions du "groupe des 8" (1997-1998), à celles qui ont précédé et
suivi la naissance de la fameuse "Coalition des Forces Démocratiques" (
CFD, octobre 2002 - juin 2003) ; si l’on n’a pas suivi de très très près
le dialogue inter togolais et les réunions du CPS (Comité paritaire de
suivi) ; si on n’a pas suivi les péripéties de la campagne électorale de
2003 ou le dialogue inachevé d’après les présidentielles de juin 2003
etc... Or, c’est le cas de l’immense majorité des Togolais de l’intérieur
et celui de toute la diaspora togolaise en France, en Allemagne, en
Suède, en Amérique du nord...
Dans ces conditions, au lendemain de la mascarade électorale qui a porté
Faure Gnassingbe au pouvoir comme héritier de son père, et qui a si bien
déboussolé la presque totalité de ceux qui aspirent au changement
démocratique dans le pays, il n’est pas inutile de chercher à mieux
savoir ce qu’est l’Opposition togolaise. Cela permet d’éviter de se
laisser entraîner dans la confusion, et de faire de l’amalgame facile
comme c’est souvent le cas.
*2- L’Opposition, ce n’est pas seulement les partis d’opposition ou les
leaders opposants*
L’Opposition togolaise, c’est en réalité l’ensemble de tous ceux qui
refusent le régime de dictature et veulent sa fin. Parmi ceux-là,
certains ont adhéré à des partis d’opposition pour contribuer à la lutte
pour la démocratie dans un cadre politique. D’autres se sont mis dans
des organisations associatives telle que la Ligue togolaise des droits
de l’homme, ou dans des syndicats indépendants. D’autres encore ont cru
devoir rester à l’écart de toute organisation, et à faire cavaliers
seuls, chacun de son côté. D’autres enfin attendent et se contentent de
regarder, comme des spectateurs regardent un match de football entre
deux équipes. Tous sont malgré tout des opposants, parce qu’ils veulent
tous la fin de la dictature. Si l’on est d’accord sur cela, alors on
imagine bien l’importance de force potentielle que représente en réalité
l’Opposition. L’Opposition togolaise ne se réduit donc pas aux leaders
des partis d’opposition, ou aux partis d’opposition ou à une coalition
regroupant quelques-uns de ces partis.
Ceux qui sont restés à l’écart des partis d’opposition forment la grande
majorité des opposants. Jusqu’au 5 février 2005, ils attendaient des
leaders opposants de "faire partir Eyadema" pour eux. Ils vont aux
élections voter pour tel ou tel candidat, puis ils reviennent attendre
chez eux jusqu’à la prochaine fois. Ils se comportent de cette manière
d’autant plus que l’orientation électoraliste de la lutte et le discours
politique de la majorité des chefs de parti les entretiennent dans
fausse l’idée qu’ils n’ont rien d’autre à faire que d’aller voter quand
viendront les élections, et que la lutte pour la fin du régime est une
affaire de "politiciens", une affaire de "grands leaders". Du coup, ils
ont acquis la conviction qu’ils ne peuvent rien faire, qu’ils sont
incapables de faire quoi que ce soit, qu’ils ne servent à rien.
Sous le choc provoqué par la tragique mascarade électorale du 24 avril
et la répression sanglante menée par le régime, un grand nombre de ces
Togolais attentistes sont tombés dans un découragement profond ;
d’autres, sous le coup de l’indignation et de la révolte, vont dans tous
les sens à la recherche d’une hypothétique solution miraculeuse. Ils
parlent souvent d’armes, tout en donnant en même temps le sentiment de
ne pas bien mesurer l’importance de ce qu’ils disent ou proposent. Les
uns et les autres ne veulent plus entendre parler ni de partis
d’opposition, ni de leaders politiques, ni d’élections... Sous peine de
choquer, il faut dire qu’il s’agit là d’attitudes négatives qui ne sont
pas de nature à faire avancer la lutte contre la dictature, mais plutôt
de nature à desservir le combat au profit du régime et de ses tenants.
On peut heureusement penser qu’il s’agit là de réactions à chaud qui,
avec le temps, laisseront la place à un état d’esprit plus serein,
favorable à une réflexion moins passionnée qui, seule peut permettre de
trouver les solutions les plus justes possibles.
Il faut insister sur un point : le fait de se mettre à l’écart de la
lutte politique organisée, de rester inactif ou d’agir individuellement,
chacun de son côté, constitue un grand dommage pour le pays. Comme on
l’a déjà dit, la masse de tous ceux qui veulent la fin du régime
représentent une force potentielle considérable. Si tous ceux-là avaient
accepté de contribuer à la lutte politique, dans un cadre politique
organisé, le Togo aurait déjà résolu son problème. Chacun a sa place
dans le combat en cours pour la liberté de tous. Si minime soit sa
contribution dans un cadre politique organisé, cette contribution
devient grande en soi, parce qu’elle s’ajoute à d’autres pour
démultiplier les forces. N’oublions pas que /l’oppression se nourrit du
silence... et de l’inaction./
*3- Les partis d’opposition dans l’Opposition*
Ceux qui ont pensé pouvoir faire quelque chose dans le cadre d’un parti
politique se sont inscrits dans un parti d’opposition de leur choix. En
conséquence, il existe plusieurs partis d’opposition au Togo ; et ce
n’est pas un mal en soi. Mais en réalité, ils sont moins nombreux qu’on
ne le pense avec souvent tant d’inquiétudes. Parmi eux, ceux qui
fonctionnent réellement sur le terrain étaient au nombre de 10 jusqu’aux
élections présidentielles de 2003. Ce sont : l’ADDI, le CAR, la CDPA, la
CDPA-BT, la CPP, le PDR, le PSR, le PT, l’UDS-TOGO et l’UFC. A
l’exclusion de la CDPA-BT et du PT (Parti des Travailleurs), les 8
autres avaient, depuis le début, une même vision de la manière de mener
la lutte d’opposition : le /pouvoir tout de suite/ dans le contexte
politique et institutionnel du régime de dictature ; une compétition
sans merci entre partis d’opposition pour y parvenir ; des élections,
même si elles sont pipées d’avance ; des dialogues et négociations avec
le régime, même si c’est dans un rapport de force défavorable à
l’Opposition, une /marginalisation/ de la population et un /appel
incessant/ à la "Communauté internationale".
Comme la CDPA-BT est le seul parti à ne pas voir les choses de cette
manière, ces 8 partis constituent le /courant majoritaire de
l’opposition./ Les leaders en vue de ce courant sont Yaovi Agboyibo (le
CAR), Léopold Gnininvi (la CDPA), Edem Kodjo (la CPP), Zarifou Ayeva (le
PDR) et Gilchrist Olympio (l’UFC). Ils avaient réussi à occuper le
devant de la scène politique, et ils y sont restés depuis au moins
février 1992. Depuis cette date, ils ont conduit une politique
d’opposition qui a donc été jusqu’à présent la /politique d’opposition
dominante/. Tous le monde voit bien aujourd’hui que cette politique ne
parvient pas à mettre fin au régime de dictature, et qu’elle offre sans
cesse à ce régime l’occasion de se maintenir et de se consolider. Et
tout le monde constate plus clairement aujourd’hui que cette politique
tend de plus en plus à engager l’Opposition dans la voie d’une
/opposition d’accompagnement/ du régime.
Depuis le 14 avril 2004, la CPP et le PDR se sont enfin clairement mis
du côté du régime, dans lequel les deux chefs de ces partis (Kodjo et
Ayeva) avaient d’ailleurs joué, dans les années 1969-1980, des rôles
importants en tant que ministres ou autres. L’un des deux avait dit en
1993-1994 qu’il n’a que des imbéciles qui ne changent pas. C’est
peut-être vrai. Mais tout dépend du sens du virage et des motifs du
changement. Comme ils ont maintenant clairement choisi d’être du côté de
la dictature, on ne peut plus les considérer évidemment comme étant de
l’Opposition. Leur choix a par ailleurs le mérite de clarifier le
tableau. C’est donc une bonne chose.
Dès la veille de la mort d’Eyadema le 5 février 2005, il ne restait plus
ainsi que 8 partis d’opposition, dont 6 (l’ADDI, le CAR, la CDPA, le
PSR, l’UDS-TOGO, l’UFC) continuent de représenter le courant majoritaire
et de conduire la politique d’opposition dominante. Parmi ces 8 partis,
le PSR est de création récente par rapport aux 6 autres. Il est apparu
sur la scène politique à peu près au même moment que le groupe des
Rénovateurs, c’est-à-dire Dahuku Péré et ses amis, qui furent exclus du
RPT pour avoir demandé des réformes dans ce parti, une demande bien
tardive par ailleurs.
Contrairement à ce qu’écrit Comi Toulabor dans un « /Texte éminemment
provisoire à ne pas citer / », les Rénovateurs ne se sont jamais
constitués en parti politique. C’est précisément pour cette raison que
Péré avait été obligé de présenter sa candidature aux élections
présidentielles de 2003 sous le chapeau du PSR. Il faut souligner que
Péré et ses amis n’ont jamais déclaré qu’ils ne faisaient plus parti du
RPT. Ils ont toujours continué de se réclamer de ce parti, que
d’ailleurs, ils ne se font certainement plus l’illusion de "reformer".
De même, depuis leur exclusion, ils n’ont jamais proclamé clairement
qu’ils sont membres de l’Opposition au régime d’Eyadema. C’est pour cela
que leur insertion si précipitée dans l’Opposition par les leaders du
courant majoritaire pose question. Mais elle devient compréhensible si
l’on connaît bien les acteurs du courant majoritaire et le
fonctionnement de la politique d’opposition dominante. Pendant la
campagne électorale de juin 2003, Péré fera alliance avec Koffigoh pour
tenter de ratisser large dans les préfectures de Kloto ; c’est un fait
significatif. Et l’on a bien vu la position des Rénovateurs sur la
"Coalition des 6 partis". Il faut souligner pour terminer qu’à l’heure
où nous écrivons, les Rénovateurs ne se sont toujours pas constitués en
parti politique. Sans doute finiront-ils par le faire dans le nouveau
contexte politique créé par la mort d’Eyadema comme ils en proclament de
plus en plus l’intention ; et ils le feront pour mieux accompagner le
régime de Faure en attendant la suite.
Enfin la CDPA-BT. Elle avait considéré depuis février 1992 que
l’orientation imprimée par le courant majoritaire de l’Opposition ne
pouvait pas permettre aux Togolais de mettre fin au régime de dictature.
Malheureusement, les faits lui ont donné raison. (cf. « /L’échec d’une
transition : Les perspectives de la démocratisation au Togo/ », CDPA-BT,
Mars 1995). A partir de 2002, la CDPA-BT n’a pas cessé d’affirmer que la
politique d’opposition dominante avait échoué, et qu’il fallait définir
et conduire une politique alternative qui, forcément, ne peut que
prendre le contre-pied de la politique d’opposition dominante, et le
contre-pied de la vision sur laquelle le courant majoritaire fonde cette
politique. La politique d’opposition alternative qu’elle prône implique
/un recentrage de l’objectif de la lutte, une implication massive de la
population dans le combat/ à des fins autres qu’électorales, des
/pratiques politiques différentes/, qui soient de nature à rassembler et
non à diviser.
Par ces positions, la CDPA-BT constitue un courant politique distinct au
sein de l’Opposition. /Un courant minoritaire/ certes. On peut même dire
le courant minoritaire, avec une politique d’opposition qui n’est pas la
politique d’opposition dominante conduite jusqu’à présent par le courant
majoritaire. Il est normal que les partis de ce courant majoritaire,
ceux en particulier qui forment la "Coalition des 6 partis", considèrent
les efforts que mène la CDPA-BT pour expliquer ces positions à
l’opinion, comme des critiques intolérables. Qu’on le veuille ou non,
l’Opposition togolaise est formée pour l’instant de deux courants
politiques : un /courant majoritaire/ et un /courant minoritaire/. Il
n’y a donc pas qu’un seul son de cloche. Il y en a deux dont le second
est constamment étouffé. Il importe d’être attentif pour ne pas les
confondre, et éviter l’amalgame qui favorise tant la confusion.
*4- Le courant majoritaire et les conséquences de sa politique
d’opposition*
Il est nécessaire de revenir sur le courant majoritaire et sur la
politique d’opposition dominante pour bien comprendre le fonctionnement
de l’Opposition togolaise et ses ratages successifs. Dès le départ, les
partis d’opposition n’ont donc pas eu le même point de vue sur la lutte
en cours pour la fin du régime de dictature et l’instauration de la
démocratie au Togo. Pour la quasi-totalité de ces partis, l’objectif de
la lutte, c’est /la prise du pouvoir immédiatement, /et donc forcément
dans le contexte politique et institutionnel créé par le régime pour se
maintenir. Et le moyen privilégié pour atteindre ce but, c’est /une
concurrence sans merci entre partis d’opposition/ par le biais d’une
rivalité constante entre chefs de partis, la participation active de la
masse de la population au processus politique étant exclue. On a bien vu
que cette désastreuse rivalité entre chefs de parti, chacun voulant à
tout prix être le premier, n’a pas pu être masquée par la prétendue
"Coalition des 6 partis" qui n’a offert à la masse de la population
qu’une dangereuse illusion de l’union de l’Opposition, comme l’avait
fait la "Coalition des Forces Démocratique" montée en octobre 2002 en
prévision des présidentielles de juin 2003.
Les partis du courant majoritaire avaient cru que, comme Kérékou au
Bénin, Eyadema quitterait de lui-même le fauteuil à l’issue de la
Conférence nationale pour permettre au leader opposant le mieux placé
dans la course d’occuper la présidence de la République. Mais à la fin
de la Conférence, Eyadema et son parti n’ont pas quitté le pouvoir. Au
contraire, ils ont clairement manifesté leur volonté de continuer de s’y
maintenir par la force des armes et par la fraude électorale. Se sentant
alors impuissants devant cette détermination du régime en place, ces
partis se sont rabattus sur un jeu électoral où, tout en continuant de
rivaliser entre eux pour /le pouvoir immédiatement, /chacun des leaders
se porte candidat aux élections contre Eyadema. Le courant dominant a
ainsi imprimé à l’insurrection populaire d’octobre 1990 une orientation
exclusivement électorale, agrémentée de dialogues, de négociations et
d’appels incessants à la "Communauté internationale".
Et comme les urnes sont toujours pipées d’avance, dans ce contexte non
démocratique, par la fraude, la corruption et la répression au profit du
régime, l’objectif réel des élections pour ces leaders du courant
dominant n’est même plus de gagner. En réalité, ils vont chacun aux
élections pour prouver qu’ils existent, et pour se mesurer entre eux
afin de montrer lequel des partis est le plus important, et donc qui est
le plus grand des leaders de l’Opposition, qui est /l’opposant
historique/. Ce comportement a été remarquable surtout pour les
présidentielles de juin 2003. Et ces chefs de parti sont d’autant plus
portés à jouer à ce petit jeu électoraliste qu’ils attendent de la
"Communauté internationale" de faire pression sur Eyadema pour qu’il
accepte de céder le pouvoir à /l’Opposant principal/, ou tout au moins
qu’il veuille bien le partager avec lui.
Dans cet optique électoraliste, on comprend pourquoi ces leaders du
courant majoritaire vont à toutes les élections, quelles que soient les
conditions d’organisation et de déroulement ; pourquoi ils font croire
/qu’on ne boycotte pas les élections ; /pourquoi ils se contentent de
contester les résultats juste pour la forme ; pourquoi, dès le lendemain
de la proclamation des résultats truqués, ils commencent à donner du
"Monsieur le président de la République" ou "Monsieur le Chef de l’Etat"
à celui dont la masse de la population conteste l’élection ; pourquoi,
après chaque élection frauduleuse, ils engagent avec le régime des
dialogues tortueux et interminables jusqu’aux prochaines élections
frauduleuses... Ces dialogues chaque fois revendiqués par les leaders du
courant majoritaire, et d’où ils ne gagnent jamais rien au profit de
l’Opposition, sont autant d’aveux d’impuissance.
Il est nécessaire de souligner quelques unes des conséquences de cette
politique du courant majoritaire.
1. En imprimant à la lutte engagée en 1990 cette orientation
électoraliste agrémentée de dialogues et de négociations, le
courant majoritaire fait de la lutte une affaire entre "grands
leaders" et le régime, et même une affaire entre le plus grand des
"grands leaders" et le régime. Ce faisant, il met la masse de la
population à l’écart du processus politique, affaiblissant ainsi
l’Opposition face au régime de dictature.
2. Dans cette orientation, la population opprimée est réduite à un
simple électorat auquel on s’adresse seulement pendant les
campagnes électorales, chacun cherchant à mettre de son côté et
contre les autres une fraction la plus grande possible de cet
électorat. Ce faisant, le courant majoritaire néglige la force
potentielle que représente la masse de la population et affaiblit
ainsi l’Opposition face au régime de dictature.
3. En faisant de la prise immédiate du pouvoir l’objectif premier de
la lutte contre le régime de dictature, et de la concurrence entre
partis d’opposition le moyen d’atteindre cet objectif, les leaders
du courant majoritaire se retrouvent forcément dans l’obligation
de se battre entre eux pour ranger chacun derrière soi une partie
de la masse des opposants. Ce faisant, ils divisent l’Opposition
et empêchent l’union.
4. Par l’orientation électoraliste de la politique d’opposition les
chefs du courant majoritaire ont faussé le contenu de la
mobilisation et déformé son objectif. La mobilisation populaire
n’est plus une organisation stratégique de la masse pour en faire
une force politique réelle ; elle n’est plus qu’un appel en
direction de la population pendant la campagne électorale pour
qu’elle se rende massivement aux urnes. Quant à l’objectif, il
n’est plus la constitution de cette force politique massive comme
moyen de pression politique, mais la possibilité pour tel ou tel
autre leader opposant d’avoir le maximum possible de voix aux
élections présidentielles, ou le maximum possible de députés à
l’Assemblée...
La politique d’opposition du courant majoritaire a encore bien d’autres
conséquences néfastes sur la lutte contre le régime. Toutes ces
conséquences affaiblissent plus ou moins gravement l’ensemble de
l’Opposition. Elles expliquent les ratages successifs, qui se traduisent
à chaque fois par le maintien et la consolidation du régime de dictature.
*5- La politique alternative d’opposition *
La CDPA-BT a concrétisé sa position en proposant à tous, y compris aux
partis du courant majoritaire, l’idée /d’une force alternative
d’oppositio/n qu’il faut ensemble faire émerger de la masse des
opposants par une méthodes d’organisation différente de la population,
le but étant de mettre en place un mouvement d’opposition qui regroupe
tout le monde, sans distinction de partis, et avec un objectif final,
unique et commun : /la fin du régime de dictature d’abord/. Car,
l’Opposition, c’est la masse de tous ceux qui veulent la fin du régime
de dictature. Cette masse constitue une force potentielle formidable.
Car, la lutte en cours est avant tout une question de rapport de force.
Si le régime s’est maintenu jusqu’à présent, c’est parce que le rapport
des forces n’est justement pas en faveur de l’Opposition. Pas parce que
le régime est trop fort ; mais parce que l’Opposition est trop faible.
Et l’Opposition est faible parce qu’on l’a réduite à quelques partis et
à quelques chefs de parti qui parlent au nom de la population sans même
demander son avis. Trèves de fanfaronnades inutiles. La seule condition
pour renverser le rapport des forces en faveur de l’Opposition est de
transformer la force potentielle représentée par la masse de tous ceux
qui veulent la fin de la dictature en une force politique réelle. Cette
transformation passe nécessairement par une mobilisation politique d’un
autre type.
La mobilisation politique ne peut plus être en effet un appel que chaque
leader continuerait de lancer en direction de la population en lui
disant : "Allez massivement aux élections et votez pour moi". Elle ne
peut plus continuer d’être réduite aux /marches de protestation/ dans la
capitale, aux /seatings/, aux /Lomé ville morte/ ou autres /Togo mort/.
La mobilisation qu’il faut désormais, c’est une organisation de la
population sur la base d’un objectif susceptible de faire émerger d’elle
une force politique capable d’exercer des pressions conséquentes sur le
régime. Cette mobilisation ne peut pas réussir, si l’objectif divise au
lieu de les rassembler. Or, l’objectif qui consiste à /vouloir accéder
chacun au pouvoir alors que la dictature n’est pas encore abolie divise/
; car il oblige chacun des leaders opposants qui se concurrencent entre
eux pour le pouvoir à faire tout pour mettre derrière lui une partie de
la masse des opposants. Par contre, l’objectif de /la fin du régime de
dictature d’abord/ rassemble sans exception tous ceux qui veulent la fin
de la dictature. C’est donc cet objectif qui permettra de réussir la
mobilisation responsable, d’unir l’Opposition et de mettre ainsi le
rapport des forces de son côté.
*6- La Coalition fantôme et la CDPA-BT*
Depuis que la CPP (Kodjo) et le PDR (Ayeva) avaient pris clairement fait
et cause pour le régime le 14 avril 2004 et se sont ralliés au RPT
contre les positions des partis engagés dans le 7e dialogue, le nombre
des partis du courant majoritaire est passé de 8 à 6. Et depuis cette
date, ce courant est dominé par 3 partis : l’UFC, le CAR et la CDPA (en
fait, Gilchrist, Agboyibo et Gnininvi). Ce sont ces partis qui sont
allés au dernier dialogue avec le régime, soutenus par les 3 restants du
courant. On sait que ce dernier dialogue a été âprement revendiqué par
les locomotives de ce courant majoritaire réduit, et qu’il avait été
finalement imposé au régime par l’Union européenne dans le cadre des 22
engagements de Bruxelles.
Ce 7e dialogue, comme les précédents, devait créer les conditions
d’élections libres, transparentes et équitables dans le pays, et
déboucher sur les élections législatives qui devraient suivre les
présidentielles de juin 2003. Comme les précédents dialogues, lui non
plus n’a pas réussi à créer ces conditions. Le code électoral rédigé
sans la participation de ce qu’il est convenu d’appeler /l’opposition
radicale/, et imposé par le régime avec la complicité de Kodjo (CPP) et
d’Ayeva (PDR) laissait la porte grande ouverte pour la fraude massive.
En plus, la constitution est restée celle manipulée par le régime à la
veille des présidentielles de juin 2003 pour instaurer de fait une
monarchie constitutionnelle. Avec le passage de Louis Michel à Kara,
puis à Lomé le 27 décembre 2004, il était devenu évident qu’Eyadema
organiserait ces législatives aussi unilatéralement, à sa manière, selon
ses conditions, dans le mépris total des protestations verbales des
chefs des partis d’opposition engagés dans ce 7e dialogue, la masse des
opposants étant tenue en position d’observateurs passifs mis en réserve
pour les élections.
Ce sont ces 6 partis qui vont constituer, à partir de novembre 2004, ce
qu’ils vont appeler plus tard la "Coalition des 6 partis", en réalité un
rassemblement tactique pour participer aux législatives dans les
conditions sus-mentionnées. Mais les législatives n’eurent pas lieu
avant la mort d’Eyadema le 5 février 2005. La "Coalition" ainsi amenée à
reporter ses ambitions électorales sur les présidentielles intérimaires
du 24 avril 2005. On a bien vu les conditions dans lesquelles ces
présidentielles eurent lieu. Et l’on connaît la suite. Elle est
catastrophique.
C’est en définitive cette "Coalition des 6 partis" qui représente
désormais le courant majoritaire. Ceux qui n’ont pas eu l’occasion de
voir de près la dite "Coalition" ont été enthousiasmés par son
apparition, tout comme ils avaient été émerveillés par naissance de la
"Coalition des Forces Démocratiques" (CFD) en octobre 2002 - juin 2003).
On a vu, par exemple, cette magnifique mobilisation de la diaspora
togolaise en France, en Allemagne, aux USA, au Canada... pour soutenir la
"Coalition" par tous les moyens possibles à travers la candidature de
Bob Akitani. Quoi de plus normal au demeurant ? La masse des opposants
togolais n’a-t-elle pas toujours exigé des leaders opposants l’union de
l’Opposition ? Pourquoi ne s’enthousiasmerait-elle donc pas quand elle
voit de loin quelque chose qui ressemble à une union ?
Mais une fois de plus, la population a été flouées. L’expérience a bien
vite montré en effet que, comme la CFD disparue, la "Coalition des 6
partis" n’est qu’un fantôme de l’union tant réclamée depuis plus de 15
ans. On a vu tout le mal que les 6 ont eu pour faire tant bien que mal
un semblant d’accord sur le nom d’un candidat unique à opposer à Faure
Gnassingbe ; on a vu tous les tiraillements qui ont accompagné le
partage des postes ministériels avant la proclamation de ce nom et tous
les mouvements d’humeur qui ont suivi ; on a revu cette tendance bien
connue à vouloir être, chacun, le premier de tous ; on a revu ces
actions fractionnelles entreprises à titre individuel au sein du groupe
sans une information préalable des autres membres... Conclusion : comme
la "Coalition des Forces Démocratiques", la "Coalition des 6 partis" a
visé plus un effet d’annonce au profit de quelques leaders plutôt qu’un
véritable rassemblement de tous ceux qui veulent la fin du régime de
dictature. Les ambitions étaient trop contradictoires, trop
/divergentes/ pour qu’il en soit autrement.
A partir du 26 avril 2005, le PSR va lâcher ses amis du groupe pour
suivre la pente naturelle qui le conduira dans le gouvernement Kodjo au
détriment des autres. Cette défection était prévisible. Elle ramènera le
nombre des partis de la "Coalition" à 5. Mais depuis, où en est la
"Coalition" ? Ses membres y croient-ils toujours eux-mêmes ? Y ont-ils
jamais cru en réalité ? Et que pensent aujourd’hui de ce groupe et de
ces dirigeants tous ceux là qui se sont spontanément mobilisés sous le
coup de la révolte et de l’indignation pour le soutenir, lui donner
argent et carte blanche ? Ce n’est pas par une coalition de ce type que
les Togolais pourront mettre fin au régime de dictature. C’est par
quelque chose de plus fort, de mieux ficelé, de plus large et à objectif
plus clair et plus rassembleur.
*7- Comment poursuivre la lutte ?*
Ainsi se présente aujourd’hui l’Opposition togolaise : une immense masse
d’opposants à l’écart du processus politique ; une force potentielle
considérable toujours marginalisée, toujours maintenue en jachère ;
quelques organisations associatives fortement anti-parti, dont certains
de leurs responsables tentent de récupérer à leur profit une société
civile mythique ; six partis qui fonctionnent actuellement sur le
terrain et qui regroupent, d’un côté 5 partis (l’ADDI, le CAR, la CDPA,
l’UDS-TOGO et l’UFC), et de l’autre un parti (la CDPA-BT). Faut-il
ajouter à ces Partis le Parti des Travailleurs ? On aimerait, mais...
L’ADDI, le CAR, la CDPA, l’UDS-TOGO et l’UFC sont ceux qui représentent
aujourd’hui le courant majoritaire. Ils continuent de conduire la
politique d’opposition dominante. Ces cinq partis s’étaient également
constitués, avec le PSR, en une "Coalition des 6 partis" en vue d’aller
aux élections législatives sur lesquelles devraient déboucher le 7e
dialogue qu’ils avaient engagé avec le régime dans le cadre des 22
engagements de Bruxelles. Par la force des choses, ils ont dû reporter
leurs ambitions électorales sur les présidentielles du 24 avril 2005.
Qu’était en réalité cette "Coalition des 6 partis" ? Qu’est-elle
aujourd’hui ? Que signifie cette "co-gestion" qu’ils réclament sans
cesse à Faure ? Cette co-gestion du pouvoir avec le régime de dictature
va-elle dans le sens des aspirations de l’Opposition ?
La CDPA-BT n’a pas fait parti de cette coalition fantomatique. Sa
politique d’opposition est différente de la politique d’opposition
dominante du courant majoritaire. C’est pour cette même raison qu’elle
s’était retirée de la "Coalition des Forces Démocratiques" (CFD)
constituée. Qui se ressemble s’assemble. Constituer quelque chose juste
pour un effet d’annonce, pour donner à la population l’illusion que
l’Opposition est unie est une tromperie. De même, tenter de faire croire
que l’Opposition se réduit désormais à la "Coalition des 6 partis" n’est
pas moins grave. Déjà, les effets de cette pratique politique sur la
population apparaissent bien désastreux.
Il n’est pas inutile de faire ces clarifications sur l’Opposition
togolaise. Avec l’arrivée au pouvoir de Faure Gnassingbe, le régime de
dictature s’est maintenu et a pris un nouvel essor. Il fonctionne sur la
base des mêmes structures et des mêmes institutions, avec les mêmes
hommes, les mêmes pratiques politiques et sociales et la même vision de
l’avenir du pays. Le Togo est toujours sous un régime de dictature, le
même qui a régenté le pays pendant plus de 40 ans. Dans ces conditions,
les Togolais ne peuvent pas arrêter la lutte pour la démocratie. Ils
sont tenus de la poursuivre. Mais elle ne peut plus continuer d’être une
fuite en avant dans la politique d’opposition dominante. Elle doit se
poursuivre sur la base d’un objectif différent, d’une organisation
différente et avec des méthodes et des pratiques politiques différentes.
L’Opposition togolaise, c’est la masse de tous ceux qui aspirent aux
libertés démocratiques, et veulent en conséquence la fin du régime de
dictature. Elle représente une force politique potentielle considérable
sur l’ensemble du territoire. Si le courant majoritaire n’est pas
parvenu à réaliser jusqu’aujourd’hui les vœux de la population, c’est
parce que la politique d’opposition dominante a négligé cette force, et
n’a donc jamais cherché à la transformer en une force politique réelle.
C’est à cette tâche de transformation qu’il faut avoir le courage
politique de consacrer désormais les énergies et les moyens. On ne
pourra la réaliser ensemble qu’à travers une mobilisation populaire
conséquente. Les appels périodiques à l’adresse de la population
l’invitant à aller massivement aux élections bidons pour voter pour tel
ou tel autre leader opposant sont désastreux. Les marches et autres
meetings de protestation ne suffisent plus pour avancer vers la liberté
et la dignité.
C’est pour ces raisons que la CDPA-BT avait proposé depuis cinq ans
l’idée de la nécessité de faire émerger une force alternative
d’opposition de la masse de la population, et de concrétiser cette idée
par un mouvement, le Mouvement de la Force Alternative d’Opposition
(MFAO). Tout ce qui vient d’être dit montre que ce mouvement politique
est ouvert à tous ceux qui veulent la fin de la dictature, sans
distinction d’appartenance politique, mais que l’objectif rassembleur
qu’il vise est /la fin du régime de dictature d’abord,/ et les luttes
partisanes pour le pouvoir seulement après, quand les libertés
démocratiques essentielles seront instaurées pour que des élections
respectables, libres, transparentes et équitables soient possibles dans
le pays comme dans tout pays démocratique.
Une fois de plus, la CDPA-BT /invite instamment tous ceux qui veulent la
fin au régime de dictature, y compris les partis politiques et les
organisations associatives, à accepter de contribuer à la constitution
du Mouvement/. Parce que l’enjeu est de taille pour l’avenir du pays.
C’est pour cela que le Parti a toujours donné la priorité à cette
campagne sur les élections frauduleuses, les dialogues sans fin et
autres négociations trompe l’œil.
Ayant fait cette proposition, la CDPA-BT ne peut pas rester les bras
croisés en attendant que tout le monde se décide un jour, au risque de
laisser l’idée tomber en jachère. Elle avait donc engagé une campagne
active depuis trois ans pour montrer que l’idée est jouable, et que la
création du Mouvement est possible. Et depuis deux ans, elle s’est mise
à prendre, ensemble avec tous ceux qui ont adhéré à l’idée, des
dispositions en vue de la création du Mouvement, en attendant que
d’autres viennent à se joindre à l’action, toujours plus nombreux. Elle
attend de tous ceux qui viendront, non pas une volonté de freiner la
marche en avant, mais une détermination à apporter des contributions
positives pour l’accélérer vers le but : un Togo débarrassé à jamais du
régime de dictature, un Togo libre et démocratique.
Le Mouvement de la Force Alternative d’Opposition (MFAO) est l’élément
fondamental de la politique alternative d’opposition dont le pays a
besoin aujourd’hui pour poursuivre le combat de la démocratie et le gagner.
Fait à Lomé le 7 Septembre 2005
Pour la CDPA-BT
Le Premier Secrétaire
Prof. Emmanuel GU-KONU
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